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Nous sommes venues pour découvrir cette belle nature ardennaise entre rivières et forêts, vallons et sentiers. Il est vrai que l’Ardenne est belle de sa nature très présente ici dans tout le nord du département, dans les vallées et le plateau.
Nous parcourons les méandres, des chemins boisées, des rues où les gens sont sympathiques, parfois bavards à raconter, expliquer… quand nous photographions les beuquettes de pierre ocre par exemple.

Mais, dès que surgissent les déchirures de brumes du bas du ravin de l’Ours on songe aux nappes humides et froides qui vont déferler, peu après l’équinoxe, en longs rubans qui ne desserreront plus leur étreinte avant le printemps bien avancé. J’en ai  » les os humides  » comme l’écrivait Garcia Marques .
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Marchant dans l’unique ruelle du hameau qui s’étire entre l’ancien bas-fourneau ruiné depuis des décennies et la route qui monte vers la frontière , dès que le soleil de fin de journée d’août commence à raser les crêtes de la forêt, nous humons, avant que de la percevoir, la première fumée de bois. Les habitués ne doivent s’en départir que lors des très rares jours de pire canicule, comme on boit sans fin du mauvais café délavé avant de s’endormir. Autrefois il fallait bien garder la cuisinière-poêle (Deville, forcément ici) allumée pour le café et la cuisine. Sage précaution séculaire.
On songe vite à l’odeur de fumée inscrite dans les maisons, à l’âcreté de la suie, à l’enfermement autour du feu, à l’esclavage de ces cloutiers qui battaient leur pauvre fer pour faire survivre misérablement leur famille dans des exhalaisons tenaces.
La lumière étant avare, l’animation dans les rues du village sans doute si rare pendant une grande partie de l’année qu’il fallait bien des beuquettes comme hublots sur la moindre vie extérieure !

Pourquoi ce beau pays semble-t-il autant empreint d’une gangue immuable comme d’un destin tragique irréversible ?
Je pense à cette pancarte que l’on a jugé bon de placer sur le vieux pont de béton qui enjambe l’Aisne boueuse en plein cœur de la ville sous-préfecture de Rethel un panneau édifiant : « L’Aisne, passage des invasions : 1411, 1543, 1650, 1814, 1870, 1914, 1940  »
De façon similaire j’ai pu constater que dans les dépliants touristiques officiels, par exemple la ville de Haybes se décrit d’abord comme une ville martyre ! Et ce ne doit pas être la seule.
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Le nom de la contrée est hérité de celui de la déesse celte Arduinna et évoque la chasse et les bois. Bois sombres, domaine réservé d’Artémis/Diane donc, sous le signe de la lune … annonciatrice du long manque de lumière et de chaleur ? Déesse de la chasse, de la mort plus que protectrice. Belle mais terrible !
Le pays est aussi largement placé sous le signe de sombres légendes héritées tantôt des celtes, de récits guerriers des longs temps moyenâgeux aux dates incertaines … faits de coups d’épée, de chutes brutales du haut de terribles rochers, de femmes figées dans l’attente ou le châtiment, de destructions à cause du diable ou de son peuple esclave.

Le déroulé des vallées, celle de la Meuse, de la Semoy me font songer à un double collier, avec comme perles des séries de villages, petites villes. Mais les perles, si belles aperçues depuis les crêtes, dans les délicats enroulements des eaux, si on les observe mieux, ressemblent surtout à des perles cariées, avec des quartiers plombés par les usines désaffectées, les maisons abandonnées, les ruelles grises. Parfois, là ou quelque petite industrie a pu subsister miraculeusement et d’un coup succombe à son tour, un temps qui s’étire en éternités de luttes vaines, un nouvel abcès s’enflamme, bref, mais prélude à si longues et lentes douleurs. Sinistrées depuis des décennies, depuis des générations maintenant !
Ici, au-delà de la prochaine boucle du fleuve ou de la rivière, pas de vue, pas d’horizon. Les courbes des vallées sont arrondies, mais trop encaissées pour laisser voir loin. Une bonne partie de l’année, le ciel est occulté sous un couvercle nuageux.
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Dans les villages la plupart des maisons sont bâties avec cette pierre de schiste sombre, couvertes d’ardoise aux teintes mauve profond à noir, certaines façades les plus exposées à la pluie sont également habillées d’ardoise. Les successions de forges, fonderies, usines abandonnées ont laissé comme une lèpre de ferrailles arrachées, rouillées. Les cités ouvrières peu à peu désertées sont en partie abandonnées ou habitées par les plus pauvres de génération en génération. Même les pancartes « maison à vendre » sont délabrées : qui viendrait acheter un lieu de vie ici ?
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Dans le moindre village les entreprises closes, les usines de boulots, les forges du XIXème…. ont laissé sur le paysage comme une vérole sur un visage. Dans certains bourgs, comme Nouzonville c’est une grosse bolée d’acide qui a été jeté irrémédiablement en plein face de la destinée des ouvriers. Le fil du fleuve en est défiguré à jamais. Pourtant les gens qui ont peiné là, ont vécu là, depuis des générations luttent âprement pour leur survie pour leur travail et leur dignité. Quel courage, quelle persévérance. Mais quelles vaines luttes la plupart du temps !
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Tout au bout, je veux dire en sa partie la plus en aval, avant la pointe extrême du département, la Meuse surgit dans le méandre de Chooz, verdoyant, ample. Avec, au cœur de sa belle courbe souple les deux réfrigérants de la centrale nucléaire dont le réacteur est bâti dans les installations souterraines creusées par les allemands pendant la seconde guerre mondiale. Belle paternité ! Mais la mairie de Chooz est sans doute, proportionnellement au nombre d’habitants la plus riche, qui se proclame « Chooz ville numérique !  » tant la manne économique a offert ses subventions et moyens pour les modernismes, un ilot de technologies gratuites !
Et pourtant je ne peux voir le lieu que comme une mythologique tarentule tapie, attendant recluse, discrète et silencieuse, son heure terrible. On n’en perçoit distinctement que les vapeurs des réfrigérants au-dessus des crêtes boisées. Mais de son corps se filent, immense toile d’araignée, des lignes électriques.
Pour nous éclairer, alimenter les ordinateurs, nous chauffer, certes… quand ce n’est pas au bois le plus souvent ici.

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Les tas de bois, justement, Mary les admire tant dans leurs beaux alignements.
Dans les villages, les hameaux on en voit partout sur plusieurs rangées, en longues piles soignées, devant et derrière presque chaque maison. Le matériau est accessible à proximité et sans doute à coût raisonnable quand il faut chauffer beaucoup et longtemps. Mais, ils me paraissent avant tout les présages de la longue saison post estivale qui va s’étirer individuellement dans les maisons (celles encore occupées), symboles des longs renfermements chez soi, dans la solitude domestique, à côté, plus qu’avec. Aujourd’hui, comme depuis des décennies, ne restera pour traverser la pluie, le froid et le manque de lumière à venir, que le hublot de la télévision.
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Souhaitons aux braves gens d’Ardennes une incomparable force de résilience, récompense de leur amour de ce pays si rude et excentré, des futurs avec vue sur l’avenir !

Linchamps, 24 août 2017.

 

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Collège Arthur Rimbaud

À Charleville et alentours on ne peut guère échapper à la célébration d’Arthur Rimbaud… quand ce n’est pas à une certaine récupération visuelle.
On le met un peu (pas tant que ça finalement, on eut pu craindre bien pire…) à toutes les sauces…
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Quand il s’agit de lieux culturels : musée, maison d’enfance, médiathèque, rayons de librairie (librairie Rimbaud bien-sûr !), fresques sur les murs de la ville, collège, maison natale, … passe, mais d’autres échoppes usent de l’image tout autant : boulanger, coiffeur, marchand de vapo-fumette, t-shirt (ex soixante-huit-tard ?), etc.
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Je vous en livre quelques images :

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Mais je dois bien vous avouer que mon préféré,
c’est le jeune Rimbaud de demain, qui dans une salle du musée recopiait avec passion le poème « Ma Bohème » :

 

Quand je lui ai raconté que les forêts d’Ardenne étaient habitées par tout un peuple de nutons, Mary n’a pas de suite compris de quoi il retournait.
Il faut dire que dans sa Normandie natale il n’y a pas de nutons, seuls y vivent de banals lutins cueilleurs de pommes et buveurs de cidre. Les nutons ne se sont révélés que dans les contrées d’Ardenne entre vallées de Meuse et de Semoy-s.
Comme je présage que vous êtes nombreux à les méconnaitre encore, je veux vous présenter quelques-uns de ceux que nous avons croisés ces derniers jours, notamment sur le chemin de La Neuville-aux-Haies, près du Ravin de l’Ours…
Ils vivent sous des replis de roche, entre les racines des grands chênes aux troncs moussus, ou ceux des hêtres au tronc si haut et lisse… près des ruches de la maison forestière…
Mais ils sont un peu, comment dirais-je, non pas timides, mais réservés. C’est cela sur la réserve. Ils ont leur vie propre, secrète et n’ont pas ces comportements de tropéziens sur la plage ou parisiens sur les Champs (Elysées) à parader, s’exhiber. Ils mènent une vie retirée et restent pudiques, mais deviennent vite bavards s’ils se laissent apprivoiser (un « truc » qu’ils ont appris des renards nombreux dans la contrée « se laisser apprivoiser »).
Je vous en présente quelques-uns donc qui ont même accepté de se laisser photographier… parce que je suis ardennaise et que Mary est conteuse… c’est dire s’ils ne sont pas outre mesure farouches pour peu qu’on les respecte et les écoute.

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Le premier à venir nous saluer fut Elfistroptix. Il est un peu sorcier. Il est très très âgé et a donc connu les druides des temps celtiques de la contrée qui s’appelait alors Arduinna. Comme il aime les bandes dessinées, son patronyme a pris un drôle d’accent pour un nuton. Mais chacun choisit de s’appeler comme il veut, n’est-ce pas ?

Puis vint Taptapgong. Ne vous fiez pas à son air revêche, il est drôlement sympa. D’ailleurs c’est un artiste. Nous l’avons croisé alors qu’il frappait sur un tronc creux avec son maillet. Tout d’abord nous n’avons pas compris, puis, nous avons entendu, près de là un pic noir qui rythmait à tout va tout en haut d’un vieux chêne bien mal en point. Taptapgong nous a expliqué qu’ils préparent un duo pour les fêtes de l’équinoxe prochaine.

 

Pas loin de là nous attendait Visitor, un nuton versé dans la fonction de « greeter ». Il voulait nous faire visiter sa grotte dont l’entrée est située sous une souche de chêne abattu il y a deux ans, après une tempête terrible. Nous aurions bien voulu explorer un tel lieu secret… mais notre taille !

Tandis que Mary commençait à souffrir d’hypoglycémie à cause de la rude montée vers le plateau, nous entendîmes une voix fluette qui appelait. « Veux-tu que je te distille un breuvage qui t’aidera à retrouver ton équilibre et de l’énergie ? ». Interloquées nous cherchions d’où venait cette voix étrange et douce. Tout d’abord nous ne vîmes rien ni personne, à cause de l’ombre. Puis nous pûmes la distinguer plus nettement. Il faut dire qu’avec son splendide costume vert velours aussi perlé que la mousse au petit matin elle se distinguait mal de son environnement. Nous la vîmes alors bouger doucement, comme une danseuse, émettant comme un son de tous petits grelots quand elle agitait la tête et sa longue coiffe habillée de perles cristallines.
Je m’appelle Fougèria, je suis une nutonne apothicaire des herbes et des fruits de la forêt. Bois cette préparation tu iras mieux bientôt !

Pas très loin sur le chemin, alors que Mary se sentait effectivement bien mieux, surgirent des taillis deux rires enfantins. « Nous sommes Feuilline et Rigolius ! Nous adorons faire des blagues, ça nous fait rire, et nous avons pour fonction d’offrir de la joie de vivre aux bûcherons qui travaillent dur dans cette forêt. Vous avez des histoires drôles à nous raconter ? ça renouvellerait notre inspiration !  »
Nous commençâmes alors un concours d’histoires qui nous amusèrent un bon moment, mais nous dûmes les quitter car nous étions loin du hameau encore.

« Nous aussi nous connaissons plein d’histoire dansa en riant Puffina autour de nous. Elle avait un air facétieux avec ses deux couettes orange dressées comme des antennes sur la tête. Tiens-toi un peu plus calme et discrète lui demanda sa petite sœur Feuillantine.  » Et elles disparurent en un éclair et un dernier écho de rire derrière un rocher moussu.

« Décidément les jeunes nutons manquent bien de retenue de nos jours. A mon époque nous étions bien plus discrets. » grommela Quercus vêtu d’un manteau de vieille écorce et coiffé de feuilles pédonculées. « Tu as raison » compléta Archominus, un tout petit nuton à la barbe blanche qui avait l’air très très vieux. « Mais il faut bien que la forêt ne s’endorme pas sous un manteau de mousse automnale. Les rires aident à secouer les gouttes de pluie du bout des branches. »

« Attention devant ! « cria Speediglandus perché sur son escargot à réaction Dragondus. Un courant d’air subit venait de nous faire frissonner… Il freina juste le temps de nous saluer… et moi de les photographier, et ils étaient déjà repartis.

Une chansonnette douce monta de derrière un champignon jaune quand nous vîmes surgir une nutonne habillée d’une étrange façon, toute colorée… Nous la saluâmes, mais elle ne répondit pas. Il faut dire que son drôle de bonnet englobait tellement ses oreilles qu’elle devait ne rien entendre… Elle avait dû abuser du voisinage de Taptapgong. Ainsi nous ne sûmes pas son nom. Entre nous nous lui avons octroyé le surnom d’Iris.

« Il faut que tu comprennes bien la philosophie nutonne mon cher Trollpical.  » … le vénérable sage nuton Professorius expliquait à un jeune troll en vacances dans la région les particularités du mode de vie elfique ardennaise. Le jeune troll écoutait la leçon avec attention et nous fumes heureuses de profiter de ce cours fort instructif.

Nous nous retournâmes peu après en entendant un curieux babillage. Nous étions devant une garderie de jeunes nutons… Comme ce jour-là il faisait très chaud (littéralement la canicule en cette contrée d’Ardenne), de jeunes nutons s’égaillaient sur la mousse en faisant des pirouettes, grimaces et glissades. Une voix venue de sous un rocher les réprimanda et ils rentrèrent vite se cacher.

« Oh lala !  Il ne faudra rien dire, ne rien raconter de tout cela, de ce que vous avez vu à propos de notre peuple ! » se mirent à réclamer avec insistance les trois sages barbus !

Alors, Chers lecteurs et lectrices, vous qui désormais connaissez un peu mieux le peuple des nutons, sachez les apprécier, les respecter et aussi être discrets sur tout cela !

 

NOTA : les exceptionnelles photographies de nutons ont pu être réalisées
grâce  à une technologie PHTSHP
à partir d’images subliminales capturées sur le ouaièbe,
sur des décors naturels que nous avons vraiment rencontrés en forêt d’Ardenne !

L’histoire de cette prestigieuse abbaye commence en 1020 quand quelques bénédictins italiens choisissent un vallon pour y bâtir ce qui va vite devenir un haut-lieu de ferveur chrétienne. Plusieurs fois au cœur de la tourmente, l’abbaye renaîtra de ses cendres. C’est en 1926 qu’elle se redresse pour la dernière fois, lorsque des moines cisterciens de Sept-Fons dans l’Allier relèvent les ruines laissées par la Révolution française et créent une brasserie et une fromagerie pour financer la reconstruction.

Cette œuvre gigantesque est entreprise sous la houlette d’un moine de l’abbaye de la Trappe à Soligny, Dom Marie-Albert van der Cruyssen, un ancien entrepreneur belge gantois qui deviendra aussi le premier abbé du nouveau monastère. Les plans sont établis par un ami, l’ingénieur-architecte Henry Vaes qui y travaillera durant 20 ans. La nouvelle construction est bâtie sur les vestiges du 18ème siècle. L’abbatiale élevée au rang de basilique est consacrée en 1948.

Le site officiel.
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LA LÉGENDE DU VAL D’OR
Une jolie légende est attachée à l’histoire de l’abbaye et explique l’origine de son nom comme celle de ses armoiries. La comtesse Mathilde de Toscane, duchesse de Basse-Lorraine, en visite sur ses terres d’Orval, aurait perdu son anneau nuptial dans une fontaine alimentée par une source toujours en place aujourd’hui. Elle invoque l’aide de Notre-Dame pour la retrouver. Une truite apparaît avec l’alliance dans sa bouche. La comtesse déclara que vraiment, c’est ici un Val d’Or.
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Une célèbre bière trappiste

L’Orval est l’une des 6 bières en Belgique encore brassées sous le contrôle des moines trappistes.
Les moines produisent aussi du fromage.
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UNE INSPIRATION POUR LE DESSINATEUR  JEAN-CLAUDE SERVAIS

(extrait de la présentation des deux tomes par son éditeur Dupuis)

Le Val d’Or, c’est ce lieu merveilleux de beauté et de richesses naturelles que des moines bénédictins découvrent en l’an 1070, au cours de leur périple à la recherche de l’endroit idéal pour édifier leur abbaye.
Observants de la règle de Saint-Benoît, ils vivent dans la simplicité et le silence, loin de la cupidité et de la violence du monde. Celles-ci franchiront pourtant le clos de l’abbaye, apportant avec elles leur lot de souffrance et de désolation…

En évoquant, à travers des épisodes choisis, la fondation, le rayonnement et la décadence de l’Abbaye d’Orval, Jean-Claude Servais brosse le portrait d’un ordre religieux animé d’un idéal de pureté, rattrapé par les turpitudes de ce monde. Il nous raconte aussi l’histoire de deux hommes que tout sépare, mais dont la destinée se retrouve liée par l’Abbaye. L’un y est moine et reste dans ses parages alors même qu’elle n’existe plus, ravagée par la Révolution. L’autre en convoite la richesse, accroché à la légende selon laquelle les moines auraient dissimulé, avant leur fuite, un trésor dans ses souterrains.

Le drame, noué avant même la Révolution, éclate lorsque le fils illégitime du second surgit, et essaie d’arracher au moine reclus dans la forêt le secret de ce fameux trésor. On retrouve dans ce second et dernier tome d’Orval le dessin somptueux de Jean-Claude Servais, qui fait de ce récit une fresque à la beauté saisissante.
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Son sitehttp://www.jc-servais.be/

VOIR une vidéo de présentation :

En préparant notre visite en Ardennes, admiratrices de l’oeuvre de l’écrivain Julien Gracq (nous avions visité sa maison à Saint Florent-le-Vieil  il y a deux ans déjà), nous ne pouvions manquer de venir humer cet horizon qui l’a inspiré pour son roman « Un balcon en forêt » dont le récit se déroule en 1939 et 1940.

Il s’est inspiré de la région de la Meuse ardennaise de façon globale, mais plus particulièrement les abords de Monthermé et cette Maison forte de Saint Menges (située juste au nord de Sedan, et mitoyenne avec la frontière belge, en pleine forêt).

LA MAISON FORTE DE SAINT MENGES
(présentation sur le panneau d’information installé sur l’esplanade)

Bousculant tout sur leur passage depuis leur offensive générale du 10 mai 1940, les forces allemandes entrent dans Bouillon dès le lendemain et continuent sans désemparer leur « Blotzkrieg » en fonçant vers l’ouest, c’est-à-dire vers la Meuse, afin de réussir leur stratégie du « Sichelschnitt » (coup de faux) jusqu’à Dunkerque.

Le 12 mai à l’aube, trois Divisions du 19ème Panzerkorps, commandé par le général Güderian franchissent à gué la Semois dont les eaux sont très basses, principalement à Mouzaive : la 1ère Panzer division avait pour mission d’atteindre rapidement la Meuse à FLoing en passant par Saint Menges, la 2ème de se diriger vers DOnchery et la 10èe d’entrer dans Sedan par le Fond de Givonne, route classique des invasions germaniques, et de poursuivre jusqu’à Balain et Bazeilles.

Quelques maisons construites tardivement, à la veille des hostilités, le long de la frontière belge, au nord du pays sedanais, ne sont fortes que de nom et ne peuvent que retarder brièvement l’avance inexorable de ce torrent mécanique.

Le lieutenant Boulanger et ses quatre hommes de la 10ème Batterie antichar du 78ème Régiment d’artillerie chargés de la défense de la maison forte de Saint Menges ouvrent le feu sur les premiers chars ennemis au débouché de la forêt, en faisant le sacrifice de leur vie et résistent héroïquement jusqu’au bout, comme le feront quelques semaines plus tard leurs 100 camarades du fort de la Ferté, le dernier de la ligne Maginot vers l’ouest.

Dans l’après-midi, les Panzers pénétraient dans la cour de l’usine de l’Espérance à Gaulier, pendant que la 10ème Panzerdivision envahissait le centre de Sedan vide d’habitants.

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LE ROMAN DE JULIEN GRACQ « Un balcon en forêt » 1958

Résumé

À l’automne 1939, l’aspirant Grange rejoint dans l’Ardenne son lieu d’affectation, une maison forte située dans la forêt, près du village de Moriarmé. Alors que la présence de la guerre ne se manifeste guère que sous la forme d’une menace abstraite et vague, Grange passe ses journées entre la forêt, la maison forte, le village, et bientôt la maison de Mona, une jeune femme qu’il a rencontrée dans les bois et dont il est devenu l’amant. L’espace et le temps semblent peu à peu se déréaliser et le monde acquérir pour Grange une tonalité poético-onirique de plus en plus marquée.

Le 10 mai 1940, les Allemands lancent leur offensive dans les Ardennes. Mona s’en va en même temps que les autres habitants de Moriarmé. Resté seul avec trois soldats sous ses ordres, Grange est blessé lors de l’attaque de la maison forte. Après avoir erré dans la forêt, il retourne au village maintenant désert, et va s’étendre sur le lit de Mona.

LIRE PLUS sur le site de l’éditeur José Corti

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LIRE UN EXTRAIT

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LE FILM de Michel Mitrani 1978

(Extrait de la présentation du film sur le site ina.fr par Alexandra Bomhard)
Un balcon en forêt se déroule pendant la «drôle de guerre».
Le lieutenant Grange, interprété par Humbert Balsan, est affecté au commandement d’une maison forte, sur le front des Ardennes. Il est chargé d’observer les Allemands afin de prévenir une éventuelle attaque ennemie.
Débute alors une longue attente, hors du temps et hors du monde, brièvement interrompue par sa rencontre avec Mona (Aïna Wallé) qui deviendra sa compagne amoureuse.
C’est dans la forêt que se déroule la première rencontre de Grange et de Mona. Cet espace lisière est un lieu ambigu, caractéristique de l’univers de Julien Gracq. Cet « entre-deux spatial et temporel», à la fois clos et frontalier (Hubert Haddad, Julien Gracq, La Forme d’une vie, Zulma, 2004, p. 184), est comparable à la forteresse du Rivage des Syrtes ou à l’hôtel du Beau ténébreux.
Fidèle en cela au roman originel, l’adaptation de Mitrani donne l’impression que Mona émane de la forêt. Elle en est un prolongement mystérieux, oscillant entre la spontanéité de l’enfance (par sa silhouette, ses bottes en caoutchouc ou ses mouvements juvéniles – elle joue à la marelle dans les flaques d’eau – ) et la séduction assumée (Mona baise la main du soldat).
Les plans d’ensemble plongent le spectateur dans une forêt humide, brumeuse, presque sensuelle. La puissance symbolique de la forêt fait aussi ressurgir l’univers des contes.
Avec son capuchon, Mona ne peut manquer de nous rappeler le Petit Chaperon rouge, à ceci près que sa pèlerine, noire, couleur de deuil (Mona est une jeune veuve), rappelle subrepticement que l’expérience de l’amour à venir est indissociable de la mort.

VOIR UN EXTRAIT

 

Mais, surtout lisez le livre de Julien Gracq !

Green

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu’à vos yeux si beaux l’humble présent soit doux.

J’arrive tout couvert encore de rosée
Que le vent du matin vient glacer à mon front.
Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée
Rêve des chers instants qui la délasseront.

Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête
Toute sonore encore de vos derniers baisers ;
Laissez-la s’apaiser de la bonne tempête,
Et que je dorme un peu puisque vous reposez.

Paul Verlaine
in « Romances sans paroles » (1874)

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… sur la route de La Neuville-aux-Haies… 22/08/2017.

Les acteurs du livre de Charleville-Mézières ont mis sur pied « le courrier du genou« … des provocations douces à l’épistolarité.

Le principe est simple :

  1. Dans la boite-à-lettres (l’une de celles du réseau) vous piochez au hasard une lettre manuscrite …
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  2. et vous y répondez.
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  3. Puis les « facteurs » publient les chaînes de correspondances… loufoques, poétiques…

Vous pouvez ainsi trouver des boites-à-lettres du Courrier du Genou à la librairie Arch’libris, à la Médiathèque Voyelles, au café-librairie Plume et Bulle, à La Péniche, à La Plaque Tournante qui jouent les rôles de facteurs.

 

Pour vous donner une idée de quoi il retourne, allez voir sur leur blog : http://courrierdugenou.canalblog.com/ ce qu’a produit la première opération spéciale Noël et Spéciale lettres d’amour (mis sur pied à l’occasion du Cabaret Vert 2016).
Aimez  leur page Facebook !

NOUS AVONS DONC VOULU PARTICIPER NOUS AUSSI.

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1 – LA LETTRE  DÉCOUVERTE PAR FRANÇOISE :

le 7/6/2017
Ici
Cher(e) Inconnu(e)
Je ne voulais pas quitter Charleville sans découvrir ce pays des livres. Cet endroit sympa m’inspire et me détend… Moi dont l’état d’esprit varie de 10 secondes en 10 secondes. Dans 23 jours, j’aurai quitté les brumes ardennaises pour rejoindre l’azur méditerranéen. Joie bien sûr, tristesse aussi.
Je laisse ici moult relations, souvenirs, ancrages et aussi mes amies précieuses.
SMS, téléphone, TGV existent mais il me manquera la chaleur de leurs étreintes.
Pourquoi le bonheur n’est-il possible qu’au détriment de choses précieuses ?
En clair, pourquoi le bonheur pur est-il impossible ?
MONTAINE

2 – LA RÉPONSE PAR FRANÇOISE (qui sera déposée samedi prochain au Café-Librairie Plume et Bulle, 17 rue Irénée Carré à Charleville-Mézières) :

20 août 2017 – Linchamps, hameau de Hautes Rivières – Ardennes
(posté chez Plume et Bulle à Charleville)

Chère Montaine,

Sur la forêt ce matin flottent encore quelques brumes errantes que tu aimes tant.
Je pense à toi là-bas dans le grand Sud si chaud, si sec ! De nos échanges fertiles et amicaux s’établira bien un équilibre de températures et pensées estivales.
Les nutons du petit matin, qui rentraient tout juste de leurs promenades nocturnes entre les hêtres et sapins du côté du Ravin de l’Ours, m’ont livré des pensées amicales pour toi.
Reviens quand tu veux, quand tu peux, ils ont plein d’histoires secrètes à nous raconter ensemble encore.
Mais, toi, dis-moi les échos du grand soleil sur les forêts de chênes verts, sur les garrigues qui bruissent sec au premier sursaut de Mistral !
Le bonheur que tu poursuis, et si tu lui laissais prendre son temps : celui de jouir du repos à l’ombre d’un grand pin, d’écouter bruisser les eaux du sombre ruisseau, s’évaporer une brume secrète, gratter doucement la plume sur le papier chiffon pour écrire le nouveau refrain des correspondances amicales, et laisser monter en toi l’écho naissant de prochaines retrouvailles ?
Bien à toi du bout de la plume et des palpitements d’encre
Corambé

1 – LA LETTRE  DÉCOUVERTE PAR MARY :

Vendredi 5 mai
14h36

Chère inconnu(e),
Je voulais te faire part de ma vision sur ce monde où nous sommes tous éternellement coincé. Ne trouve tu pas ce monde pauvre ? Ou plus particulièrement ce Pays ? Ce pays où tu ne peux être la personne que tu souhaite sans risque à chaque coin de rue de te faire interpeller ? Mais ne trouve tu pas ce monde riche ? C’est en étant assise ici avec mes amis que je me dit que nous sommes riches d’amour, riche de ce paysage, de ces sentiments si fort, que certaines personnes nous font ressentir ? Je pense que nous pouvons seulement admirer ce qu’il nous entoure. Assis toi quelques minutes, regarde autour de toi, et pense au point positif. L’amour est plus fort que tous.
Vivons dans le bonheur.
Vréra

2 – LA RÉPONSE PAR MARY

Linchamps, 21/08/2017 – 11h30
Chère Vréra
Je suis d’accord avec toi concernant le sentiment d’un monde coincé. Je pense que cela est dû à l’environnement dans lequel tu vis. Ici, tout est sombre. Il y a des vallées très encaissées et humides. En regardant un peu mieux, je peux voir un charme à tout cela et je dialogue beaucoup avec tous les nutons et autres petits peuples des eaux et forêts.
Mais j’ai besoin de plus d’ouverture de vue et d’esprit. Cela est peut-être dû au fait que je viens d’une région de bord de mer dans ma jeunesse et actuellement je jouis d’un paysage avec une vue à 360° où tout est ouvert sur la campagne et sur les autres.
Je pense que le lieu et la façon dont on aménage notre maison induisent l’état d’esprit et la vision du monde que l’on a.
Le bonheur il faut savoir le cueillir lorsqu’il se présente et aussi aller à sa rencontre. Savoir partir pour être et ne plus subir, pour trouver un monde riche. Riche tu l’es probablement au fond de toi, aller puiser toute cette richesse pour en attirer d’autres. Tu rencontreras sûrement des êtres d’une exceptionnelle richesse avec lesquels tu pourras échanger en toute liberté et te sentir toi-même.
Je te souhaite le courage d’aller pour être.
Mary

À vos plumes, à vos lettres !